Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 09:26

Une suite possible  (à Agamemnon de R.G)

 

Ça serait l’histoire d’une suite possible. Ce qui arriverait après. Après la catastrophe. Le déluge. Le carnage. La sécheresse. La déshérence.

Ça serait l’histoire après l’histoire.

Nous regardions. Nous regardions passer les évènements.

Comme les trains, les vaches.

L’histoire regardée à peine vécue.

L’histoire disséquée, celle que je t’aurais relatée.

On sait ce qui s’est passé, ce que tu as vécu, et je l’ai regardé passer, et on l’a vu filer, juste là devant nous, à portée de ma main, à portée de ma main sans que je le saisisse, sans que je pense même un instant à le saisir, comme si ça n’était pas notre réalité, comme si nous pouvions encore nous permettre d’attendre, d’attendre et ne rien faire, d’attendre et de croire :  que cela se ferait sans nous. Ainsi.

J’ai parfois l’impression que tout ce que je fais ne sert à rien, j’ai parfois l’impression de ne pas être au bon endroit, j’ai parfois l’impression que ça ne suffit pas, j’ai parfois l’impression qu’il faudrait faire autre chose que ça, j’ai parfois l’impression de n’avoir jamais cessé d’être en lutte, j’ai parfois l’impression que je vais crever de ça, j’ai parfois l’impression d’un océan naufrage, j’ai parfois l’impression que mon dedans implose.

J’ai parfois l’impression de ne pas viser juste, j’ai parfois l’impression de n’avoir pas choisi le bon combat, j’ai parfois l’impression d’un combat désarmé, j’ai parfois l’impression de ne plus avoir de forces, j’ai parfois l’impression que je vais tout casser, j’ai parfois l’impression que je pourrais passer à l’action, j’ai parfois l’impression que l’action est en moi, j’ai parfois l’impression que je suis vulnérable, j’ai parfois l’impression que ce n’est qu’une impression, j’ai parfois l’impression d’être trop violemment au monde. J’ai parfois le sentiment que ceci est la fin d’un commencement.

Je peux attendre longtemps, je peux attendre suffisamment, je peux attendre suffisamment longtemps pour voir arriver le moment où je n’en pourrai plus, où à n’en plus pouvoir je finirai par agir, où à n’en plus pouvoir il se passera quelque chose, quelque chose qui devait se passer, il se passera quelque chose quand je ne supporterai plus qu’il ne se passe rien, il se passera quelque chose quand ma résignation deviendra colère, quand je ne supporterai plus ce vide, quand je ne supporterai plus d’attendre.

Je peux supporter beaucoup, plus je supporte et plus je peux supporter, plus je m’habitue à porter plus je supporte, plus je m’habitue et moins je réagis, plus je supporte et moins j’agis, je peux attendre et endurer, je reste en inertie, je suis inerte longtemps, je comprends et je regarde et j’écoute inerte, et cela peut durer un temps certain, pendant lequel (ce temps certain) je tourne en rond sur le mur-cercle-des-lamentations, et cela peut durer un temps certain, avec l’aléa (capacité de résistance de ma force d’inertie), jusqu'à ce que je n’endure plus, et quand je n’en peux plus, soit je m’effondre, soit j’explose.

Ils vont attendre combien de temps ? Il faudrait leur dire que ça suffit, il faudrait leur dire qu’on ne peut pas nous regarder ainsi, qu’on ne peut pas nous regarder attendre ou nous débattre, attendre et nous débattre et asphyxier, qu’on ne peut pas regarder ça c’est ce qu’ils disent, et détournent la tête, ceci n’est pas regardable. 

Alors on détourne la tête, alors oui j’ai détourné la tête et je regarde moi aussi autre chose, je regarde un détail, je regarde à la loupe, pour ne pas voir le tableau d’ensemble, pour ne pas voir ce qui hurle, les gorgones aux gorges déployées, les femmes aux seins déchirés, pour ne pas les voir, surtout ne pas les voir, surtout ne pas les entendre, je regarde tout en haut à l’angle droit du tableau ; je regarde un détail, un bout de ciel bleu avec un nuage effiloché qui laisse une traînée poudreuse devant mes yeux.

Et ce qui aurait dû s’arrêter continue, et ce qui aurait dû commencer n’aura jamais eu lieu ; on nous aura séparé, on nous aura dit que c’était pour notre bien. Ainsi.

On nous avait dit que ce qui ne nous tuerait pas nous rendrait plus fort, partant de ce principe, nous devrions déjà être invincibles. Nous devrions déjà avoir muté. Avec nos expériences accumulées, celles qui ne protègent pas. Et aurait-on confondu serait-ce possible ?

J’ai accumulé des expériences, et je ne me sens ni protégé des suivantes, ni plus fort, ni mieux armé.

J’ai accumulé des peines et je ne sais toujours pas comment faire taire un chagrin.

J’ai accumulé des joies et je ne sais toujours pas comment en retrouver le chemin.

 

Chaque fois que je commence quelque chose, j’ai toujours aussi peur.

Je ne garde aucune mémoire de mes erreurs, et quand je les reconnais, j’ai l’audace de croire qu’elles n’en étaient pas. J’ai accumulé des défaites, et quand je vois venir une nouvelle bataille soit je m’immobilise dans une splendide tétanie laissant venir à moi mes assaillants, soit je me lance sur le champ de combat et c’est entouré de milles combattants que je réalise que je n’ai pas pris de quoi me défendre. Je n’ai pas de bouclier, je n’ai pas de cuirasse, ma peau est à vif, j’ai les mains nues.

Alors sur le champ de bataille, nu et sans arme, avec les gorgones aux gorges déployées et les femmes aux seins déchirés, je regarde mon torse frêle et maigre, ma peau blanche laiteuse, ma peau qui ne supporte aucune exposition, ni au soleil, ni à la grêle.

Je n’ai pas appris à combattre, ni à me protéger, ni à me renforcer. J’ai appris des techniques de retrait, des ruses pour fuir, des plans pour ne pas être vu. J’ai appris beaucoup d’autres choses et ces choses ne me servent à rien.

A rien de profond, à rien dont je puisse me saisir pour vivre autrement.

J’ai appris des choses futiles, j’ai appris à regarder des détails, j’ai appris à accepter de ne plus voir l’horizon. Alors je regarde le coin de mon tableau, trois centimètres sur trois, je regarde mon bout d’angle de ciel, il est bleu, et cela me suffit, oui, cela me suffit.

Par garance dor
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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 09:16

Faire l’impossible. (30 tentatives.)

Ou : pour une communauté DADA 2009.

1

Je vous propose de traverser le corps de l’autre, et je précise en restant debout, c'est-à-dire que vous ne pouvez pas passer au travers des jambes.

On va le faire collectivement, je le fais aussi.

C’est une expérience qu’on fait pour soi, pas pour le public.

On le fait deux par deux et ensuite on permute.

Non, en fait je ne vais pas le faire avec vous.

Tu aurais tout aussi bien pu dire : pendant que vous le faites, moi je vais lire un texte. La tentative durera le temps de ma lecture. Quel livre ? C’est au choix.

2

Je vous propose de vous muer en Marylin Monroe, se muer, donc être, pas imiter, pas faire comme si.

Ca va durer 5 minutes. On bout d’un moment quand on y croit, on peut dire « Oh mais c’est Marylin ».

Je veux voir Marylin Monroe. Il n’y a pas de règles, je veux croire que j’ai Marylin Monroe en face de moi.

Qui le sent passe. Par 5 minutes. Une personne après l’autre.

Peut-être qu’on a le droit de dire 1 chose en 5 minutes sur chaque passage.

Moi je ne vais pas le faire je préfère fantasmer.

Le public a le droit de dire 1 chose à chaque passage.

Je fais le top du début.

On va en voir 5 maximum. 5 passages de 5 minutes maximum.

(S’adressant à l’un des participants:)

Pose ta chaise et installe-toi déjà. Tu n’as pas le droit à une entrée.

Tu n’as pas le droit à la parole.

(Après le passage du premier participant :)

On va réduire à 3 minutes.

Ne pas imiter ne veut pas dire avoir peur d’imiter.

Les remarques du public doivent être prononcées suffisamment fort.

3

On va former des couples.

(Il les forme.)

Mettez-vous l’un en face de l’autre, en ligne, en colonnes. Très proche l’un de l’autre.

C’est en 3 étapes.

1ère étape : vous êtes chacun de votre côté, les garçons votre corps est en feu, les filles votre corps est liquide.

2ème étape : c’est la rencontre, vous rentrez en contact, c’est la rencontre des 2 éléments.

3ème étape : vous avez 3 minutes pour retrouver votre corps d’avant, comme si le temps de l’exercice n’avait pas existé.

On part sur 15/20 minutes maxi.

(On comprendra ici qu’il s’agit de la durée globale de la tentative.)

Dans la 3ème partie vous effacez tout l’exercice.

Il y a deux impossibilités : devenir et effacer

4

Alors moi c’est : s’échanger les os.

Par exemple l’os de son bras on l’échange avec l’os de sa jambe. On s’échange les os de soi à soi au début. Donc c’est se recomposer. Comme un Picasso. Vous connaissez Picasso ?

Si je comprends bien c’est se décomposer puis se recomposer, c’est très intéressant.

Et après on peut s’échanger les os les uns avec les autres, par deux ou par trois. Là on construit une chimère. Un squelette de chimère. Quelle chimère ? Vous décidez.

Qui veut y va, ça ne doit pas excéder 15 minutes. Je vais mettre un chronomètre. (Il regarde son chronomètre.) Bon, ça va durer 17 minutes. Non, 14.

3, 2, 1, top.

Ceux qui restent là (il montre le public) ont le droit de parler. Vous pouvez commenter, c’est assez libre.

5

La proposition c’est : « j’ai laissé mon corps au vestiaire ». C’est individuel plutôt.

Ca démarre là-bas, derrière le rideau et vous sortez, il y a deux étapes, quand vous sortez du rideau et quand vous sortez de derrière l’écran.

Je trouve intéressant que l’expérience se fasse sérieusement : « j’ai laissé mon corps au vestiaire ». Mais on peut aussi y répondre par une blague.

Ca peut être avec ou sans paroles. Vous pouvez faire plusieurs essais.

Tout ce que je n’ai pas dit est libre.

6 : Eléments de réponses au 5.

[L.]

Sans parole.

[M., caché derrière un énorme tatami vert]

« Bonjour les enfants, j’ai laissé mon corps au vestiaire, je ne suis pas vivant, eh oui, je suis mort. »

 [V., hurlant :]

« Ah, ah, ah, aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh »

[J. devant le public]

« C’est moi. Vous ne me voyez pas là, pourtant je suis là. Je suis invisible. Et là je suis en train de vous regarder. Vous êtes surpris, hein, c’est assez déstabilisant. Je vais remettre mon corps. Je suis assez surpris que vous riiez. Donc je vais remettre mon corps. Là je rentre dans le vestiaire. Et là je vais le remettre. »

 [C. et L se présentent et déclinent leur identité face au public puis entrent dans le vestiaire. C. en ressortant seule :]

« Je suis L., j’ai laissé mon corps au vestiaire. Je vous propose de regarder ma masse, aujourd’hui nous allons tenter l’impossible : expérience. On va se mettre en cercle et nous allons méditer. Faites bien bouger vos yeux. Ouais, c’était vachement bien. C’est vous qui créez l’exercice. Pendant 2 minutes nous allons racler l’impossible. Raclez tout ce que vous n’avez pas pu faire depuis 3  ans. »

7

Nous allons passer à travers les murs. Tous ensemble.

On va passer à travers le même mur pour être sur que personne ne triche.

Vous partez de là. Il n’y a pas de limite de temps. Vous pouvez le faire ensemble ou séparément

L’exercice se terminera quand vous serez tous passé au travers du mur.

Aucun trucage n’est permis. Pas d’effets spéciaux.

8

Nous allons briser nos téléphones portables et communiquer autrement. Allez-y, piétinez-les.

Vous n’avez pas le droit de faire des gestes. Ni de parler. Ni de faire des grimaces ou des clins d’œil.

Nous allons faire de la télépathie. Nous avons 3 minutes pour cela. Vous pouvez choisir avec qui vous allez communiquer ou ne pas le déterminer à l’avance.

9

Vous avez 5 minutes pour geler votre cœur.

Et 5 minutes pour le remettre à température ambiante.

10

C’est une séance de spiritisme.

Il faut faire parler les morts sans faire semblant.

Je vous propose d’appeler Tristan Tzara, Hugo Ball, Hans Arp, sa femme Sophie Taeuber et Marcel Duchamp.

Ce sont eux qui doivent réellement nous parler. Si l’un de vous est ventriloque qu’il se dénonce tout de suite.

11

Faites en 11 minutes tout ce que j’ai fait en un an.

    

12

Enlevez votre cerveau.

Variante : si vous n’en avez pas, mettez-en un.

13            

La proposition c’est « j’ai laissé mon ego au vestiaire ».  C’est collectif plutôt.      

14

Vous devez être la tête d’Einstein et les jambes de Betty Boop. En gros, vous êtes une bombe. Le reste du corps vous appartient. Toute imitation est proscrite. Maintenant, explosez.

15

Alors voila tu vas accoucher. Tu n’as pas le choix du sexe. Ton accouchement doit se faire en 4        minutes. Avec ou sans césarienne. Tu as le droit à des jumeaux mais les sextuplés sont interdits sinon après tu passes dans Paris Match parce que c’est scandaleux de se faire inséminer 6 embryons d’un coup parce que tu pompes toutes les allocs de ton pays tout ça parce que tu as un problème typiquement féminin qui est cette envie de pondre incessante alors ça va bien comme ça. Si le bébé est trop ensanglanté, il y a un torchon à ta disposition.

16

Vous devez vous transformer en jambon géant. Vous pouvez choisir quel type de jambon. Moi j’ai une préférence pour le Bayonne.

17

Vous allez mourir puis ressusciter. Il faut mourir réellement, vous avez un grand nombre de possibilités, décès de mort naturelle, suicide après dépression, noyade, défenestration, chute dans l’escalier, attentat, décès suite à une exposition à une arme chimique, cancer, sida, glissade mortelle à la patinoire, accident de voiture, arrêt cardiaque, explosion de bombe atomique, rupture d’anévrisme, overdose d’héroine etc. Il est aussi possible de mourir sur la croix, dans ce cas si vous ressuscitez, c’est l’ascension.

18

Décrochez la lune.

19

Volez sur le dos d’un hippocampe ailé.

20

Dansez le Lac des cygnes en 5 minutes et en intégralité. Vous pouvez utiliser divers procédés, comme l’ accélération

21

Récitez la bible par cœur et en intégralité.

Les oreillettes sont interdites. Vous êtes éliminé.

22

Changez la couleur de votre peau.

23

Grandissez de 15 cm devant nous.

24

Marchez au plafond sans chaussures à crampons ni colle super glue.

25

Devenez une star institutionnelle en restant intègre.

26

Je vous propose de chasser les esprits qui sont dans la pièce. Si vous n’avez pas la panoplie de ghost busters ça ne fait rien. Tous les moyens sont bons. C’est parti.

27

La proposition c’est : vous ne pensez plus. Si vous pensez vous êtes éliminé.

28

Soyez libre.

29

Soyez vous-même.

30

Soyez heureux.

Garance Dor, ode à l’impossible et à l’échec, mars 09.

            

Par garance dor
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 08:21
Ce texte a été écrit pour les performances du 3 et 4 mars au théâtre du cercle à Rennes, pour la soirée des Electriques.


4 x 20 min/ / / /
leprojetcollectif
g.d et e.q 2008


Au programme mercredi 3 décembre 08: Compte à rebours (20 min) et Tâches à effectuer (20 min)
Au programme jeudi 4 décembre 08 : My first sony (20 min) et L’étreinte invisible (20 min)



Une fiction ou une super blague carambar.

J’aurais voulu vous montrer « Nouvelle Vague et Rivage », une pièce que j’avais mis 3 ans à écrire et à monter, mais pour ça il fallait faire venir 10 artistes de Paris. Et pour ça il n’y avait pas l’argent.

Alors j’ai décidé de travailler sur un projet en solo, n’engager que moi dans ce travail non rémunéré, et j’ai fait une résidence de 15 jours au TDC, donc seule, à écrire, me promener dans l’espace, enregistrer ma voix.

Je n’avais pas une thune et le midi à ma pause, je me tapais les boites de conserve du secours populaire. Il va de soi que j’ai beaucoup déprimé et peu rigolé.

La forme que j’avais construite s’appelait « My first sony », elle aurait même pu s’appeler « I sing my song on My first sony », mais le titre était finalement trop long et aussi ridicule qu’une histoire qui se termine en queue de poisson.

Parce que voilà, comme si ça ne suffisait pas, au même moment j’ai découvert que mon mec avait un pseudo et donc un abonnement sur Meetic. Alors je me suis mise à pleurer tout le temps, à boire beaucoup de Porto, et à avaler des antidépresseurs et des lexomils. Et donc je ne voulais plus faire « My first sony ». D’ailleurs je ne voulais plus rien faire du tout. Mais je ne voulais pas annuler non plus.

Du coup je me suis dit que plutôt que de me lamenter, de souffrir et de subir, je pourrais aller casser la gueule à quelques programmateurs. Je me suis dit qu’il y en avait marre qu’on vous encule et de se finir soi même la tête dans le mur, qu’à la place de mettre ma tête dans le mur je pourrais mettre celle des autres. J’ai donc fait une liste non exhaustive de tous les connards que je voudrais mettre en pièce, de la DRAC, aux théâtres nationaux en passant par les comités de lecture, les CDN, le Ministère de la Culture, l’Elysée, mes anciens profs de lyçée et mes ex. Bref, tous ceux qui me laissaient crever. Et ça en faisait une sacré collection.

Le Prozac m’a fait un effet bœuf et m’a remontée en 3 coups de cuillères à pot. J’ai cherché la meilleure stratégie pour me faire entendre ; prise d’otage, chantage, menaces de suicide, grève de la faim, infiltration du milieu et menaces de divulgation des affaires classées comme confidentielles, attentats, sabotage, occupation des locaux, human bomb. Et là, il y a eu l’affaire Julien Coupat, les 9 de Tarnac. Et je me suis dit que putain, j’espérais bien qu’ils étaient responsables parce que des écrivains et intellos qui font du sabotage et se mettent en commune active, c’est carrément trop la classe.

J’avoue que ça m’a bien reboostée.

Alors j’ai appelé tous mes potes black block et on a niqué l’ensemble du système culturel français. Parce qu’ au point où on en est, il vaut mieux tout raser. Et puisque tout niquer reste la dernière séduction collective, je dois dire qu’on a kiffé à mort. Après, je suis allée en pélerinage sur le plateau de Millevaches, au lieu dit du Goutailloux. Fallait une planque. Et j’ai décidé de m’installer non loin de là. J’ai appelé quelques copines et on a fondé une communauté lesbienne anarcho-autonome. Dans les champs voisins, on a prélevé du sperme de taureau pour s’inséminer et s’hybrider.

En faisant gicler la semence du bovidé dans nos sexes, nous avons hurlé de joie : à mort les chefs d’œuvres, et sous les pavés la plage.

Je ne pouvais pas rester seule, j’ai appelé Ludivine. J’ai appelé Ludivine en premier car elle est toujours partante. Waou m’a t-elle dit, sur cette aventure je veux bien te rejoindre. Par contre m’a t-elle dit, je ne suis pas encore lesbienne mais je veux bien faire une performance avec toi. Et donc nous y voilà. On va agir, là maintenant on va agir. Ouais, ouais, ouais. Préparez-vous.

Tu crois qu’on peut agir ?

On a décidé de passer 4 fois 20 minutes ensemble devant vous. 4 fois 20 minutes ensemble avec vous. 2 fois 40 minutes par jour. Pour chaque 20 minutes, on a décidé de faire quelque chose de différent. 4 formes dissemblables de 20 minutes en 2 jours. On devait n’en faire qu’une mais pour des raisons de public, d’organisation et de remplissage, on nous a proposé d’en faire deux, mais cela voulait dire le faire aussi à la générale, et comme on ne voulait pas faire la même chose à la générale, (je suis une flambeuse, je ne veux que des premières), on a décidé de faire deux autres choses la veille du jour J, donc quatre formes en tout. Quatre formes dissemblables mais qui finalement avait la même base de fond.

Hier avec Ludivine, après la traite des vaches, et avant la traite des chèvres, on a trouvé le nom de ces 4 temps, il y aurait :
*« l’étreinte invisible » (en hommage aux gars de Tarnac et à ma petite bourgeoisie à la con),
*« Compte à rebours » (en hommage à la bombe que je voudrais poser et à ma difficulté à le faire),
*« Tâches à effectuer » (en hommage à tout ce qu’on m’astreint à faire chaque jour et qui me bouffe mon temps), et
*« My first sony » (en hommage à cette gracieuse solitude dans laquelle on se noie dès l’enfance).

Une matière très globalement autobiographique, qui aurait pu s’appeler « la dernière bande », mais le titre était déjà pris. Alors, en contemplant la campagne sur notre tracteur, on s’est dit que le plus simple c’était d’appeler ça « 4 fois 20 minutes ». Ludivine conduit comme une brute, elle a même failli tuer mon amoureux. C’est un très joli taureau avec des cornes ravissantes. Il a le regard un peu trop doux, il me ramollit, m’attendrit, et ça c’est dangereux. Il s’appelle Ferdinand.

Quand l’institution aura enfin eu la bonne idée et le bon goût de me récupérer, je ferai un spectacle sur l’amour, un spectacle pop, où tout le monde pourra s’identifier, avec des références à de grands mythes, c’est porteur, et si possible à partir d’un classique (ça remplit bien la salle avec des scolaires). Je parlerai de Ferdinand que j’aime tendrement, et Ludivine parlera de Roger, de J-R, de Marc, de James, de Marlon, de Steven, de Georges, de Mathieu, de Thomas, de Ludovic, de Gregoire, de Charles, de Patrice, de Carlos, de Rémi et des autres.

Pour revenir à « Nouvelle Vague et Rivage », 3 ans de travail, 5 représentations. Aucune diffusion.
Cette fois-ci j’ai décidé de travailler entre midi et 2. Entre 22H et minuit. En fait je n’ai pas décidé, ce sont les seuls créneaux libres que j’avais. Il faut bien payer l’électricité et à la maison il fait 12 degrés.

Cette fois-ci c’est décidé. Si seulement je pouvais m’y tenir.
Dans mon spectacle sur l’amour, je mettrai des filles à poil. (Et une photo de Guy Debord.)

Par garance dor
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 08:19
A 20 ans je me disais que c'était moisi d'avoir 30 ans.

Je me disais que les gens de 30 ans étaient comme ceux de 20 ans mais en moins bien, c'est à dire en plus triste, en moins beaux.

Je me disais qu'à 30 ans on s'était pris des baffes et qu'on avait moins d'espoir.
Je me disais que la vie commençait à s'installer pour aller vers sa fin.
Je me disais 30 ans c'est pareil que 20 mais en version c'est éteint.

Je me disais qu'il valait mieux avoir 30 ans quand on était un mec car à 20 ans je trouvais les garçons immatures et je me disais qu'il valait mieux ne pas avoir 30 ans quand on était une fille de peur de vouloir immédiatement un enfant.

Je me disais entre 20 et 30 tu as une décennie pleine d'espoir et de rêves démesurés qui se solde souvent par une volée de beignes et une grande porte cochère dans la face.

Je me disais cela en regardant les gens de 30 ans. Et j'espérais vraiment me planter de A à Z.
Je me disais : avec un peu d'espoir, c'est le cynisme des 30 ans que j'ai récupéré par avance.

Je me disais pourvu que ça ne soit pas ça. Pourvu qu'en dix ans je ne me casse pas toutes les dents.

Et voila que dans 3H... j'ai 30 ans.
Par garance dor
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 08:16
- Il est comment ton spectacle ?
- Bah y a du sexe, de la drogue, du rock’ n’ roll, des hamburgers et de la poésie.
- C’est tout ?
- Ah non, il y a aussi Claude François.
- Et elle est sympa la fille qui dirige le truc ?
- Bah ouais.
- T’as pas l’air convaincu ?
- Si, si.
- C’est un texte de qui ?
- Rodrigo Garcia, et puis Garance Dor va écrire aussi mais pour l’instant elle n’a rien écrit.
- C’est pas vrai ?
- Bah si.
- Et ça parle de quoi ?
- Bah ça parle du monde industrialisé, de la société de consommation, de la violence, du désespoir, des pulls jaunes et des fast food.
- Et toi tu fais quoi comme personnage ?
- Y a pas de personnages.
- Non ?
- Si. (Un long silence.) En fait il n’y a ni sexe ni drogue ni rock ni hamburgers. Il y a des sandwichs au poulet et des grillons.
- Non ?
- Si.
Par garance dor
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